Lorraine-Escaut - Usinor Thionville (1898-1977)

Usine de Thionville : Un siècle d’histoire sidérurgique

Après la défaite de 1870 et l’unité allemande, la Moselle intègre pour plusieurs décennies l’espace économique germanique. Les industriels de la Ruhr et de la Sarre colonisent le bassin ferrifère. Ils bâtissent leurs usines au pied des côtes et le long de la rivière. A Thionville, qui s’appelle « Didenhofen », les Röchling érigent les quatre hauts fourneaux de la « Carlshütte ».La fin de l’annexion et la grande dépression retardent le développement de l’usine et la diversification de ses productions. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle pâtit d’une exploitation intensive tandis que son personnel subit les rigueurs de l’Occupation. A la Libération, la production reprend lentement dans une usine délabrée.

 

Jusqu’au 18è siècle, la production de marchandises reste limitée et dépend principalement des forces musculaires, hydrauliques ou éoliennes. Dans ces conditions, l’éclosion de la grande industrie demeure impossible. Tout change avec l’avènement de la machine à vapeur, en 1769. La multiplication des entreprises annonce une réorganisation des espaces économiques. Les premières usines se concentrent sur les gisements houillers et miniers qui alimentent les hauts fourneaux d’Europe occidentale. Durant cette phase, la sidérurgie fournit surtout du fer et de la fonte.

Plus tard, l’apparition de nouvelles énergies et les progrès du transport modifient la géographie industrielle en privilégiant les voies de communication. Et ce n’est pas par hasard si les unités métallurgiques essaiment dans la vallée de la Moselle à Maizières-lès-Metz (1882) Uckange (1890) et Thionville (1898). La même logique prévaut en Sarre ou au Luxembourg. En outre, plusieurs innovations technologiques favorisent l’essor d’une sidérurgie moderne. En 1856, l’invention du convertisseur Bessemer permet la production d’acier à grande échelle et en 1878, le procédé Thomas-Gilchrist valorise le minerai de fer lorrain, la fameuse Minette. Après 1880, l’acier supplante le fer et la fonte dans de nombreux domaines : ferroviaires, mécaniques et militaires. Notre région connaît alors une croissance économique fulgurante. L’industrialisation bouleverse les cadres de vie traditionnels. Tel est le cas en Moselle annexée où l’arrivée du groupe sarrois Röchling modifie profondément la physionomie de Thionville, à la fin du 19è siècle.

Usine Usinor Thionville

Usine de Thionville : Un siècle d’histoire sidérurgique

Après la défaite de 1870 et l’unité allemande, la Moselle intègre pour plusieurs décennies l’espace économique germanique. Les industriels de la Ruhr et de la Sarre colonisent le bassin ferrifère. Ils bâtissent leurs usines au pied des côtes et le long de la rivière. A Thionville, qui s’appelle « Didenhofen », les Röchling érigent les quatre hauts fourneaux de la « Carlshütte ».La fin de l’annexion et la grande dépression retardent le développement de l’usine et la diversification de ses productions. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle pâtit d’une exploitation intensive tandis que son personnel subit les rigueurs de l’Occupation. A la Libération, la production reprend lentement dans une usine délabrée.

 

Jusqu’au 18è siècle, la production de marchandises reste limitée et dépend principalement des forces musculaires, hydrauliques ou éoliennes. Dans ces conditions, l’éclosion de la grande industrie demeure impossible. Tout change avec l’avènement de la machine à vapeur, en 1769. La multiplication des entreprises annonce une réorganisation des espaces économiques. Les premières usines se concentrent sur les gisements houillers et miniers qui alimentent les hauts fourneaux d’Europe occidentale. Durant cette phase, la sidérurgie fournit surtout du fer et de la fonte.

Plus tard, l’apparition de nouvelles énergies et les progrès du transport modifient la géographie industrielle en privilégiant les voies de communication. Et ce n’est pas par hasard si les unités métallurgiques essaiment dans la vallée de la Moselle à Maizières-lès-Metz (1882) Uckange (1890) et Thionville (1898). La même logique prévaut en Sarre ou au Luxembourg. En outre, plusieurs innovations technologiques favorisent l’essor d’une sidérurgie moderne. En 1856, l’invention du convertisseur Bessemer permet la production d’acier à grande échelle et en 1878, le procédé Thomas-Gilchrist valorise le minerai de fer lorrain, la fameuse Minette. Après 1880, l’acier supplante le fer et la fonte dans de nombreux domaines : ferroviaires, mécaniques et militaires. Notre région connaît alors une croissance économique fulgurante. L’industrialisation bouleverse les cadres de vie traditionnels. Tel est le cas en Moselle annexée où l’arrivée du groupe sarrois Röchling modifie profondément la physionomie de Thionville, à la fin du 19è siècle.

La « Carlshütte » :

La société allemande Röchling (ou Roechling) naît en 1822, à l’initiative de Friedrich et Christian Röchling. Les deux hommes dirigent un négoce de charbon à Sarrbrücken où ils prospèrent rapidement. Au milieu du 19 è siècle, l’entreprise renforce ses positions par une série d’acquisitions dans les houillères sarroises, maîtrisant ainsi ses approvisionnements en matière première. La firme créé sa propre banque et développe des filiales en Allemagne puis à l’étranger. L’annexion de l’Alsace-Lorraine ouvre de nouvelles perspectives et dès 1871, Carl Röchling (1827-1910) s’intéresse, comme homologues Thyssen, Stumm et Krupp au gisement ferrifère mosellan. Il obtient plusieurs concessions à Volmerange, Angevillers et Tressange. En revanche, les hauts fourneaux et la mine d’Ottange lui échappent, en passant sous le contrôle de Rumelange, au Luxembourg.

Les années 1880 sont déterminantes. En 1881, Carl Röchling rachète une usine abandonnée à Völklingen pour y édifier un premier haut fourneau qui entre en activité dès 1883. En moins d’une décennie, un essor prodigieux transforme la firme qui devient la principale production de poutres métalliques de l’Empire, tout en gagnant les marchés russes et américains. Evidemment, la demande en minerai de fer ne cesse de croître et la Minette profite de ce regain d’intérêt, surtout avec l’application du procédé Thomas-Gilchrist.

 

La société sarroise investit également dans le val d’Algrange où l’exploitation de la mine « Wilhelm » (Guillaume) commence en 1883 à partir de galeries à flanc de coteau. Un autre accès existe sur le plateau, le puits d’Angevillers ou puits Armand. Au final, le domaine minier couvre près de 1 350 ha. Il s’agit des concessions Wilhelm, Friedrich, Friedrich-Anschluss , Pensbrunnen, Escheringen (Escherange) Zeche Werder, Ruxweiler (Rochonvillers) et Tressingen (Tressange). Les diverses propriétés forment deux ensembles distincts Röchling (sous Angevillers) et Röchling 1 (sous Tressange-Aumetz). Beaucoup plus tard, les noms de ces localités se substitueront aux dénominations allemandes. Par ailleurs, la firme fournit l’usine à gaz de Thionville en houille depuis 1887.

Autre facteur décisif, la liaison ferroviaire installée entre Algrange, Thionville et Sarrbrücken conduit directement le minerai mosellan aux fourneaux sarrois. Mais le coût du transport est jugé prohibitif par de nombreux industriels qui n’hésitent pas à se rapprocher du gisement en créant des filiales, les Töchterwerke. Ces entreprises transforment le minerai local en fonte qu’elles expédient ensuite à l’usine mère sarroise.

Dès 1881, la Société de Hauts Fourneaux de Dilligen s’établit à Rédange. En 1890, la firme Stumm s’implante à Uckange et cherche, sans succès, à empêcher l’installation de Carl Röchling à Thionville. L’industriel choisit le domaine de Gassion pour y ériger les hauts fourneaux de la « Carlshütte » (ou Karlshütte, littéralement, l’usine de Charles) à partir de 1897. Les premiers sont mis en service en 1898, le second en 1899. Le coke arrive de Westphalie et le minerai de fer d’Angevillers. Depuis 1900, les Sarrois possèdent d’ailleurs leur propre voie ferrée entre la mine et l’usine. Cette ligne privée, longue de 5 Km, est prolongée sous terre jusqu’aux concessions Röchling et Röchling 1, par une galerie creusée à Metzange. Les travaux commencent en 1895 et se poursuivent jusqu’à la Première Guerre mondiale. La galerie Charles ou Carlstollen atteint alors 10 km. Le minerai extrait depuis Algrange voyage par wagons de 25 t. Celui de Metzange arrive au moyen d’une chaîne sans fin et se déverse dans des wagons de 40 t. appartenant à l’usine. La production d’Angevillers couvre la quasi-totalité des besoins des hauts fourneaux.

Hermann Röchling (1872-1922), fils de Carl, assure la construction puis la direction de l’usine thionvilloise qui occupe progressivement tout l’espace traversé par la route de Metz et la voie ferrée Metz-Luxembourg. La Carlshütte, dotée de deux hauts fourneaux supplémentaires en 1906, fabrique exclusivement des fontes Thomas, l’affinage étant réservé aux usines allemandes. L’effectif de l’usine travaille sur trois postes et compte 650 ouvriers avec une quarantaine d’employés et de cadres. Durant la Première Guerre, on envisage la création d’une aciérie Thomas et les travaux préparatoires démarrent le 1er avril 1918. L’ampleur du projet impose même de dévier le ruisseau de Veymerange. A la fin de 1918, les premiers massifs de fondation sortent de terre et restent en l’état, au milieu d’un chantier qui ne sera pas mené à terme. La fin des hostilités et l’expulsion des industriels allemands imposent en effet d’autres priorités.

A suivre Guy Vilhem

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