Lejaby Bellegarde-sur-Valserine
Du fleuron de la lingerie au symbole de la lutte ouvrière…
📅 Mardi 31 décembre 2024

👙 À Bellegarde-sur-Valserine, aujourd’hui commune déléguée de Valserhône, dans l’Ain, le nom de Lejaby résonne encore comme celui d’une aventure industrielle singulière. Derrière cette marque de lingerie française, devenue au fil du XXe siècle l’un des symboles du savoir-faire corsetier, il y a une ville, des ateliers, des gestes précis et des générations d’ouvrières. L’histoire de Lejaby à Bellegarde n’est pas seulement celle d’une entreprise : c’est aussi celle d’un territoire marqué par le travail textile, par la fierté du « bien-faire » et par la douleur des fermetures industrielles.
L’origine de la marque est indissociable de Gabrielle Viannay, surnommée Gaby. Dans les années 1930, à Bellegarde-sur-Valserine, elle contribue, avec son beau-frère Marcel Blanchard, à donner naissance à une maison qui portera d’abord l’empreinte de son prénom : « La Gaby ». Le nom évoluera ensuite pour devenir Lejaby, mais l’esprit d’origine demeurera : une lingerie pensée autour de la coupe, du maintien, de l’élégance et de la précision artisanale.
🩱 Après la Seconde Guerre mondiale, Lejaby accompagne les transformations de la mode et du corps féminin. Les matières évoluent, les attentes changent, la lingerie devient à la fois plus technique et plus désirable. Comme d’autres maisons françaises, Lejaby doit concilier production industrielle et exigence de qualité. La marque développe son image, s’adapte aux nouvelles silhouettes et s’inscrit dans une histoire plus large de la corseterie française, entre innovation, féminité et élégance.
Mais à partir de la fin du XXe siècle, et surtout au début des années 2000, l’industrie textile française subit une pression croissante. La concurrence internationale, les délocalisations et la recherche de coûts de production plus faibles fragilisent les ateliers historiques. Lejaby n’échappe pas à ce mouvement. Malgré son prestige et la force de son héritage, l’entreprise est confrontée à des restructurations successives.
🏭 En 2010, la décision de fermer plusieurs sites de production marque un tournant brutal. Les ateliers de Bellegarde-sur-Valserine, de Bourg-en-Bresse et du Teil sont concernés. À Bellegarde, ce sont des dizaines de salariées qui voient disparaître leur outil de travail. Sous l’impulsion de restructurations financières successives, la direction de Lejaby engage une politique de délocalisation massive vers le Maghreb et l’Europe de l’Est.
L’histoire de Lejaby à Bellegarde-sur-Valserine illustre ainsi un phénomène plus vaste : celui de la désindustrialisation textile en France. Elle raconte le passage d’un modèle fondé sur des ateliers locaux, fortement ancrés dans leur territoire, à une économie mondialisée où les coûts, les volumes et les chaînes de production dictent souvent les décisions. Elle rappelle aussi que derrière les marques et les produits se trouvent des femmes et des hommes, des gestes, des carrières et des familles.
👉 Après des années de changements de propriétaires et plusieurs périodes de redressement judiciaire, la Maison Lejaby appartient désormais à une société composée du groupe indonésien Mirae et de la société française GC Consult.
📝 Facture 1963 Collection Ileufuus