EDF Brennilis
Dix-huit années d’activité et soixante pour la démanteler…
📅 Dimanche 28 décembre 2025

Située au cœur des Monts d’Arrée, dans le département du Finistère en région Bretagne, la centrale nucléaire de Brennilis constitue un chapitre singulier de l’histoire de l’énergie en France. Exploitée pendant moins de vingt ans, puis devenue un cas d’école mondial du démantèlement d’installations nucléaires, cette centrale illustre les ambitions, les défis techniques et les évolutions stratégiques du nucléaire civil français depuis les années 1960.
La construction du site nucléaire de Brennilis a commencé en 1962, à l’initiative du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), en collaboration avec l’entreprise Electricité de France (EDF). Il s’agissait d’un réacteur à eau lourde et refroidi au gaz carbonique, fonctionnant avec de l’uranium non enrichi, une technologie très différente de celle qui dominera par la suite le paysage nucléaire français.
Le réacteur, baptisé EL4, est raccordé au réseau électrique le 9 juillet 1967. Sa puissance électrique nette était d’environ 75 MWe. Ce site expérimental ne vivra que par intermittence.
La centrale bretonne a fonctionné pendant 18 ans, produisant au total plus de 6 TWh d’électricité avant son arrêt définitif le 31 juillet 1985. L’arrêt de Brennilis s’inscrit dans un contexte de choix technologique. En effet, la filière eau lourde refroidie au gaz carbonique n’a pas été jugée aussi performante que celle des réacteurs à eau pressurisée (REP), lesquels ont été adoptés plus tard par la France pour son parc nucléaire.
Dans les années 1970, le site a été la cible de sabotages revendiqués par le Front de Libération de Bretagne, aboutissant notamment à l’arrêt de la centrale en 1979 après la destruction de lignes électriques qui la reliaient au réseau.
La fermeture de Brennilis n’a pas mis fin à l’histoire du site. Au contraire, il est devenu le premier chantier de démantèlement complet de centrale nucléaire en France, une entreprise dangereuse, longue, complexe et techniquement exigeante. Ce chantier hors norme devrait s’étendre jusqu’en 2045. Le site reste soumis à une surveillance stricte pour mesurer les impacts du démantèlement sur l’environnement et la population.
Curieusement, malgré l’activité de déconstruction, il est possible pour le grand public de visiter certaines parties du site. Un centre d’information, appelé la Maison du Lac, propose des visites guidées et des expositions sur l’histoire du nucléaire notamment lors des Journées du Patrimoine.
La centrale de Brennilis est bien plus qu’un site désaffecté, elle représente à la fois la période pionnière du nucléaire français, l’évolution des choix technologiques dans l’industrie énergétique et les défis contemporains liés au démantèlement des installations nucléaires.
Un sujet appelé à devenir crucial avec le vieillissement des centrales françaises et le démantèlement, à partir de 2026, de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin). En 2025, le parc nucléaire français, le deuxième au monde en puissance après les États-Unis, compte 18 centrales et 57 réacteurs avec l'EPR de Flamanville, mise en service en 2025.
CPA 1978 Collection Ileufuus


