Bihr Frères & Fils Uriménil
Grandeur et décadence dans les Vosges…
📅 Samedi 27 décembre 2025

L’usine Bihr Frères & Fils représente l’un des chapitres les plus significatifs de l’histoire industrielle et sociale d’Uriménil, petite commune des Vosges. Pendant plus d’un siècle, cette entreprise familiale a contribué à l’essor économique du village tout en façonnant l’identité locale.
L’aventure commence en 1898, lorsque Romand Bihr fonde une activité de ficellerie et de corderie dans la commune vosgienne. Très vite, l’entreprise se spécialise dans la fabrication de ficelles, de cordes et de filets, d’abord pour les besoins agricoles locaux puis l’industrie textile.
Au fil du temps, Bihr Frères & Fils devient un acteur industriel majeur dans la région. L’usine, installée au 477 chemin de la départementale 44 à Uriménil, se structure et s’agrandit pour couvrir plusieurs hectares de bâtiments et d’ateliers.
Durant une grande partie du XXᵉ siècle et jusqu’au début des années 2000, l’entreprise est un employeur déterminant pour la commune. À son apogée, en 1995, elle compte près de 350 salariés, soit près d’un quart de la population active du village.
En 1998, le groupe familial dirigé par Jacques Bihr étend sa présence à l’échelle nationale et internationale, exportant des fils, ficelles, feuillards (liens industriels), cordes en polypropylène dans une cinquantaine de pays et devenant l’un des leaders européens dans son secteur. Sa filiale Toda était spécialisée dans la production de bolduc, ruban plat et fin, servant à ficeler les paquets.
En 2003, La corderie vosgienne est reprise par un investisseur parisien Patrick Durand-Smet.
Malheureusement, comme de nombreuses industries traditionnelles, l’usine connaît des difficultés économiques au début du XXIᵉ siècle. En raison d'un manque d'investissements dans son outil de production, d'une concurrence accrue, d'importations massives en provenance du Portugal et de la Chine, l’entreprise agonise lentement.
En 2013, le tribunal de commerce d’Épinal prononce la liquidation judiciaire de la corderie, avec cessation immédiate d'activité. À la fermeture, plus de 160 personnes y travaillaient encore, ce qui représente un impact social important pour la petite commune d’environ 1 475 habitants.
Quelques mois plus tard, la scierie Gerbois de Saulxures-sur-Moselotte, dans les Vosges, propriété aussi du financier Patrick Durand-Smet, est mise en liquidation judiciaire. Dans le département, de nombreux salariés des deux usines sont en colère contre leur patron Patrick Durand-Smet. Quelques personnes ouvrent une page Facebook présentant des dessins évoquant les différentes façons de tuer leur ancien dirigeant. La tension était palpable.
Le site de l’ancienne usine est désormais une friche industrielle. Ce vaste espace constitue un défi pour la commune et les acteurs territoriaux. Depuis 2021, sous l’impulsion de l’Établissement public foncier du Grand Est (EPFGE), de la communauté d’agglomération d’Épinal et de la mairie, des travaux ont été engagés pour désamianter, déconstruire et restaurer le site.
Un ouvrage publié en 2024, la saga Bihr, retrace justement cette histoire humaine et économique, soulignant l’impact durable de l’usine sur la communauté.
L’usine Bihr Frères & Fils à Uriménil incarne une histoire industrielle riche et demeure un témoignage fort de l’histoire économique et sociale d’une région rurale française, confrontée à la mondialisation.
CPA 1979 Collection Ileufuus
Livre « La saga bihr d'Urimenil à la conquête du monde » de Claude Vautrin avec la complicité de Jacques Bihr, aux éditions Kairos (2024)


