Manufacture des Tabacs de Pantin
« La Pantinoise »
📅 Jeudi 18 juin 2026

🚬 Située aux portes de Paris, le long du canal de l’Ourcq, sur le site de l’ancienne tannerie Courtois, la Manufacture des tabacs de Pantin est un témoin privilégié de l’histoire ouvrière et architecturale du XXe siècle. L’histoire commence dans la seconde moitié du XIXe siècle, à une époque où Pantin change de visage. Encore marquée par son passé villageois, la commune attire progressivement des activités industrielles repoussées hors de Paris par la densification de la capitale et le développement des transports.
Construite entre 1876 et 1886 sous la direction de l’architecte Paul-Eugène Lequeux, la manufacture de Pantin répond à l’essor de la consommation de tabac en France et à la nécessité de moderniser les infrastructures de l’État, le tabac étant alors un monopole national.
🏭 À la fin du XIXe siècle, la manufacture devient l’un des grands pôles d’emploi de Pantin. En 1898, elle compte plus de sept cents ouvrières et ouvriers. La main-d’œuvre est majoritairement féminine, comme dans de nombreuses manufactures de tabac, où les opérations de tri, de préparation, de roulage, de confection et de conditionnement mobilisent un savoir-faire précis. On y fabrique notamment des cigares, des poudres à priser, du tabac à rouler et des paquets de cigarettes, dont les célèbres Gauloises et Gitanes.
Avec la baisse de la consommation, la mondialisation et la fin progressive du monopole d’État de la SEITA, l’activité du site ralentit au fil des décennies. L’usine, qui emploie encore près de 450 salariés, ferme ses portes au début de l’année 1982. Les salariés CGT occupent alors l’usine pendant dix-neuf mois et produisent les cigarettes « La Pantinoise » en toute illégalité vis-à-vis du ministère du Budget, témoignant ainsi de l’attachement au lieu et de l’ampleur du choc social.
💼 La reconversion engagée dans les années 1990 prévoit la création d’un parc d’activités tertiaires. Cette opération permet de redonner un usage économique au site, mais elle entraîne aussi la démolition quasi complète de l’ancienne usine. Seuls quelques éléments sont conservés, dont le pavillon du directeur, une annexe à l’entrée de l’avenue Jean-Lolive et l’ancien atelier de confection de la rue Courtois (voir CPA).
Ces vestiges rappellent que Pantin fut une ville de production, de gestes techniques, de circulations ouvrières et d’innovations architecturales. Ils rappellent aussi que la banlieue parisienne n’est pas seulement un espace périphérique, mais un territoire majeur de l’histoire économique et sociale de la métropole.
📸 CPA 1966 Collection Ileufuus