Astra Asnières-sur-Seine
La cathédrale de la margarine…
📅 Jeudi 29 janvier 2026

🧈 Pendant près de soixante-dix ans, l’usine Astra-Calvé, située au 225 quai Aulagnier à Asnières-sur-Seine, a dominé les berges de la Seine. Véritable fleuron de l’industrie agroalimentaire française, spécialisée dans les corps gras, elle s’impose longtemps comme un repère visuel majeur grâce à son architecture monumentale, rapidement surnommée la « cathédrale de la margarine ».
L’histoire de la marque Astra, anciennement Magra, débute loin de la région parisienne. En 1912, à Yvetot en Seine-Maritime, l’ingénieur Jean Motte fonde une première usine et lance sa margarine sous le nom Magra. En 1929, il reprend à Asnières une usine de produits chimiques, L’Oxylithe, spécialisée dans la fabrication de gaz industriels.
🏭 Jean Motte conserve plusieurs infrastructures existantes, la centrale électrique, le laboratoire, le magasin général et engage une transformation d’ampleur du site. Entre 1930 et 1932, sous la direction de l’architecte Rudolph Jurgens, s’élève la margarinerie. Autour d’elle sont construits de vastes silos de stockage pour les graines d’arachide, de coprah et de palme, ainsi que des presses industrielles.
L’ensemble forme alors un complexe de plus de 90 000 m², regroupant ateliers, zones de production, laboratoires et installations logistiques, faisant d’Asnières l’un des plus grands sites européens de transformation des huiles végétales.
🌍 La même année, le paysage industriel européen change d’échelle. L’entreprise néerlandaise Margarine Unie, propriétaire des Nouvelles Huileries Calvé-Delft, fusionne avec le lessivier britannique Lever, donnant naissance au groupe anglo-néerlandais Unilever, qui rachète quelques mois plus tard Astra.
En 1960, le site prend officiellement le nom d’Astra-Calvé et devient un pilier de la production d’huiles alimentaires et de margarines du groupe Unilever. Des centaines d’ouvriers y travaillent, souvent logés à proximité. Les effluves d’huiles végétales et de corps gras imprègnent alors le quotidien du quartier. C’est ici que sont fabriqués des produits emblématiques des tables familiales françaises, comme la célèbre Fruit d’Or.
🫧 Mais à la fin du XXᵉ siècle, le vent tourne. En 2000, Unilever annonce un vaste plan de restructuration mondial sans précédent : suppression de 1 200 marques, fermeture de plus de 100 usines et 25 000 emplois supprimés. La France est durement touchée, avec notamment la fermeture du site Lever d’Haubourdin-lez-Lille (Persil, Lux) et celle de l’usine Astra d’Asnières en 2001.
Ce départ s’inscrit dans un mouvement plus large : le recul de l’industrie en petite couronne parisienne, accentué par une pression foncière croissante aux portes de la capitale, qui scelle définitivement le sort du site.
🏙️ Rasée jusqu’à la dernière brique, l’usine asniéroise disparaît du paysage. Elle demeure pourtant un lieu de mémoire invisible, enfoui sous les nouvelles constructions. Si les machines se sont tues, le passé industriel du site continue d’affleurer dans le patrimoine du nord-ouest parisien et dans la physionomie même du quartier, où d’anciennes friches ont laissé place à des espaces urbains mixtes, mêlant logements, bureaux et espaces verts.
📸 CPA 1954 Collection Ileufuus


