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Mine de Canari

L’or blanc du Cap Corse…

📅 Lundi 26 janvier 2026

📅 Lundi 26 janvier 2026

⛏️ Nichée sur la côte occidentale du Cap Corse, entre mer et maquis, la mine de Canari constitue l’un des témoignages les plus marquants du passé industriel de l’île. Située sur la commune du même nom, elle s’inscrit dans un paysage abrupt typique du Cap Corse. À flanc de montagne, face à la Méditerranée, le site bénéficie d’une configuration naturelle qui a permis le transport du minerai par voie maritime, un atout décisif pour son développement.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France est en pleine reconstruction et fait face à un besoin vital de matériaux. Le gisement de Canari, découvert en 1898 et riche en amiante, plus précisément en chrysotile, devient alors stratégique. L’amiante, très prisée à l’époque pour ses propriétés isolantes et ignifuges, est utilisée massivement dans les secteurs du bâtiment et de l’industrie.

🪨 Sous l’égide de la société Eternit, producteur de fibrociment fondé en 1922 par Joseph Cuvelier, l’exploitation industrielle de la mine débute en 1948, sur un site d’une superficie de près de 30 hectares.

À son apogée, la mine d’« or blanc » emploie plusieurs centaines de salariés, faisant vivre l’ensemble du canton. L’usine traite des tonnes de roche, la serpentine, afin d’en extraire la fibre d’amiante. En 1961, la production atteint près de 30 000 tonnes, plaçant la France parmi les grands producteurs mondiaux.

🚧 Le site minier comprend alors des galeries d’extraction, des ateliers de traitement du minerai, des convoyeurs et un téléphérique minier, ainsi que des installations portuaires permettant le chargement de l’amiante à destination des navires.

🏭 Si l’usine apporte la prospérité, elle sème aussi la mort. À cette époque, la toxicité de l’amiante est largement sous-estimée, voire ignorée par les industriels, et les conditions de travail sont effroyables. Lorsque le Libeccio, vent violent traversant la Corse et l’Italie, se lève, un nuage de poussière blanche recouvre les hommes, les maisons et les vignes. On appelle alors ce phénomène « la neige de Canari ».

L’usine ferme ses portes en 1965, officiellement pour des raisons de rentabilité face à la concurrence internationale. Mais le scandale sanitaire commence déjà à poindre. Sans protection adéquate, les ouvriers ont inhalé massivement des fibres cancérigènes. L’asbestose et le mésothéliome (cancer de la plèvre) déciment une génération de travailleurs et touchent durablement les habitants du village.

Pendant des décennies, le site reste à l’abandon. Cette usine fantôme, squelette de béton et de rouille, domine des collines de déchets amiantés laissés à ciel ouvert, exposés aux vents marins. Le 1er janvier 1997, la France interdit définitivement la production et l’utilisation de l’amiante.

🪏 Propriétaire du site depuis 1992, l’État français engage depuis près de trente ans une vaste opération de réhabilitation afin de tenter de cicatriser cette plaie béante. En octobre 2025, soixante ans après sa fermeture, l’ancienne usine d’amiante est finalement détruite. Le développement industriel de la mine de Canari, longtemps mené sans pleine conscience de ses conséquences, aura coûté plus de 30 millions d’euros à la collectivité.

Pour les habitants du Cap Corse, la mine de Canari demeure profondément ancrée dans la mémoire collective.

📸 CPA 1950 Collection Ileufuus

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