Villeroy & Boch La Ferté-Gaucher
113 salariés fissurés…
📅 Mardi 10 février 2026

🧱 S’il est une marque qui incarne la fusion entre tradition artisanale et innovation industrielle, c’est bien Villeroy & Boch. Présente dans nos cuisines, nos salles de bains et sur les tables les plus prestigieuses du monde, l’entreprise franco-allemande est bien plus qu’un fabricant de céramique : elle est un témoin privilégié de l’histoire européenne.
L’aventure débute en 1748 en Lorraine, lorsque François Boch lance une petite production de vaisselle en céramique. Le véritable tournant intervient en 1836 : pour faire face à la concurrence anglaise, Jean-François Boch, petit-fils du fondateur, s’associe à son concurrent Nicolas Villeroy.
🚢 D’abord reconnue pour ses arts de la table, la maison a notamment fourni la vaisselle du Titanic, Villeroy & Boch développe ensuite une expertise majeure dans les céramiques sanitaires (lavabos, toilettes…), puis dans le carrelage et la faïence murale. Les célèbres carreaux de l’usine de Mettlach, en Allemagne, ornent encore les couloirs du métro parisien.
C’est en 1956 que Villeroy & Boch reprend à La Ferté-Gaucher, en Seine-et-Marne, un ancien site de fabrication de tuiles et de briques afin d’y développer sa division carrelage et sanitaire. L’usine se spécialise dans la production de grès cérame, matériau reconnu pour sa robustesse et ses qualités esthétiques, ainsi que dans la fabrication de sanitaires en porcelaine, dite « vitreous china ».
🏭 Véritable poumon économique de la Brie, le site devient rapidement le cœur battant de la ville. À son apogée, dans les années 1970, l’usine et ses 1 500 salariés produisent des millions de mètres carrés de carrelage et de faïence murale, destinés au marché français et à l’exportation. Chaque étape de fabrication exige une grande précision, du moulage à l’émaillage, jusqu’à la cuisson à haute température.
À partir des années 1990, la concurrence italienne et espagnole, la hausse des coûts de production, les délocalisations vers des zones à moindre coût et l’évolution des marchés fragilisent le site. L’année 1999 marque l’arrêt définitif de la production de sanitaires sur le site.
🌍 En 2007, Villeroy & Boch choisit de se recentrer sur ses activités les plus rentables : les arts de la table et les sanitaires. La division carrelage, regroupée sous le nom Fliesen GmbH, est cédée au groupe turc Eczacıbaşı, fondé en 1942 par Nejat Eczacıbaşı, qui exploite aujourd’hui la marque sous licence.
Malgré des efforts de modernisation, l’usine de La Ferté-Gaucher ne parvient pas à se redresser. Sa fermeture, en octobre 2020, marque un tournant douloureux : 113 salariés perdent leur emploi, et la dernière usine française de carrelage Villeroy & Boch disparaît.
🚧 Cette fermeture s’inscrit dans un mouvement plus large de désindustrialisation qui touche la vallée du Grand Morin, après les fermetures de l’usine Droguet, spécialisée dans les décorations festives de Noël, et du papetier Arjowiggins Security, producteur de papier fiduciaire.
En 2023, l’ancienne usine est démolie par son nouveau propriétaire, les Transports Delisle. L’usine Villeroy & Boch de La Ferté-Gaucher restera dans les mémoires comme le symbole d’une époque industrielle révolue en Île-de-France rurale. Si les fours se sont éteints, le savoir-faire Villeroy & Boch « Made in La Ferté-Gaucher » demeure dans la mémoire des artisans carreleurs et des habitants.
📸 CPA 1977 Collection Ileufuus
« Remerciements à Pierre Lacore pour sa contribution à l’enrichissement de cet article. »
