France-Rayonne Roanne
Des actes de sabotage…
📅 Mardi 17 mars 2026

🧵 À Roanne, le nom de France-Rayonne reste associé à une page forte de l’histoire industrielle locale. Longtemps repérable grâce à sa haute cheminée au bord du bassin de l’Oudan, l’usine a marqué le paysage urbain autant que la mémoire ouvrière. Son histoire résume à elle seule plusieurs dimensions du XXe siècle : l’essor des textiles artificiels, l’économie de guerre, les ambiguïtés de la collaboration industrielle, puis la reconversion et le déclin de grandes unités textiles françaises.
Tout commence sous l’Occupation, en pleine Seconde Guerre mondiale. Inaugurée en 1942, l’usine France-Rayonne est fondée avec des capitaux français et allemands. Elle s’installe sur le site d’une ancienne usine de soie artificielle, Crupo Textiles, appartenant à la famille Gillet.
🪖 L’entreprise s’inscrit dans un système de coopération industrielle avec l’Allemagne nazie, notamment dans le domaine des fibres artificielles, secteur jugé stratégique en période de pénurie. L’usine de Roanne travaille alors largement pour une production destinée à l’Allemagne, avec du matériel et des approvisionnements liés à cette organisation transnationale.
Très vite, le site devient une cible symbolique pour la Résistance. Des actes de sabotage y sont perpétrés. L’usine n’apparaît donc pas seulement comme un lieu de production, mais, dès sa naissance, comme un espace de tensions politiques, sociales et patriotiques.
🏭 Le site roannais est spécialisé dans la fabrication de rayonne, puis de fibranne, des fibres artificielles issues de la cellulose de bois, à une époque où ces matériaux apparaissent comme une solution moderne face à la rareté ou au coût des fibres naturelles.
Après la guerre, l’usine réintègre le groupe Gillet, puis passe par Textiles Artificiels du Centre (TADC), puis Centre de Textiles Artificiels (CTA), avant de rejoindre Rhône-Poulenc Textiles. Le site s’étend sur des dizaines d’hectares. On y construit des cités ouvrières, des équipements sportifs et une vie sociale intense. À son apogée, l’usine emploie plus de 1 600 personnes : elle devient un poumon économique de la ville.
⛽ Les chocs pétroliers des années 1970 et l’arrivée des fibres synthétiques issues de la pétrochimie, comme le polyester, plus résistantes et moins coûteuses à produire, sonnent le glas de la fibranne. L’outil vieillit et réclame des investissements massifs que Rhône-Poulenc hésite à engager dans un contexte de concurrence mondiale. Malgré des luttes syndicales acharnées et une mobilisation locale forte, la fermeture définitive est actée en 1982. Un traumatisme pour des centaines de familles roannaises. Les bâtiments sont détruits en 1989.
Aujourd’hui, les cheminées de briques ne fument plus, mais le site n’est pas resté une friche. La zone a été réhabilitée pour devenir le Numériparc, accueillant des entreprises de services et de technologies.
📸 CPA 1965 Collection Ileufuus
