Béghin-Say Nantes
La grande silhouette sucrière de l’île de Nantes…
📆 Mardi 7 juillet 2026

⚓ Si vous vous promenez sur les bords de la Loire, du côté de l’île de Nantes, un nom résonne encore avec la force du passé industriel nantais : Béghin-Say. Véritable fleuron de l’économie locale pendant des décennies, cette raffinerie, avec ses façades aux couleurs bleue et blanche inspirées des mers du Sud, a profondément marqué l’histoire sociale, architecturale et maritime de la cité des Ducs.
Pour comprendre l’implantation de cette raffinerie, il faut remonter au passé portuaire de Nantes. Dès le XVIIIe siècle, la ville s’impose comme une plaque tournante du commerce colonial. Le sucre de canne arrive alors par bateaux entiers depuis les Antilles.
🏭 Fondée en 1812 à Nantes par Louis Say, frère de l’économiste Jean-Baptiste Say, la société des Raffineries et Sucreries Say inaugure en 1937 une nouvelle usine sur la Prairie-au-Duc, aujourd’hui intégrée à l’île de Nantes. La proximité immédiate du fleuve facilite l’arrivée des matières premières et inscrit naturellement le site dans la continuité du grand passé portuaire de la ville.
En 1967, la fusion entre Béghin, acteur historiquement puissant dans le nord de la France autour du sucre de betterave, et Say, fortement ancrée dans le sucre de canne et le raffinage, donne naissance au géant Béghin-Say.
🍭 L’année suivante, en 1968, la fermeture de l’usine de Chantenay fait du site de l’île de Nantes la dernière raffinerie sucrière encore en activité dans la ville. L’usine travaille historiquement les sucres de canne et reprend plusieurs marques connues, dont La Perruche et L’Antillaise. En 1988, la marque Blonvilliers est créée afin d’enrichir la gamme.
Face aux profondes restructurations du marché européen du sucre, à la fin progressive des quotas sucriers et à la montée de la concurrence internationale, Béghin-Say, après avoir fusionné avec le groupe italien Eridania, passe sous le contrôle de la coopérative Tereos au début des années 2000.
📦 En 2008, Tereos met fin à l’activité de raffinage sur le site nantais. La production est transférée, tandis que l’usine conserve une activité de conditionnement. En 2026, le site Tereos de Nantes et ses 75 salariés conditionnent encore près de 25 000 tonnes de sucre par an. Une part importante de l’ancien site Béghin-Say bénéficie aujourd’hui d’une protection au titre des Monuments historiques.
Au cours des vingt dernières années, près d’une quinzaine de sucreries ont fermé leurs portes en France, touchant notamment des sites liés à Saint-Louis ou Béghin-Say. Le secteur sucrier traverse une période difficile, fragilisé par les contraintes réglementaires européennes, la hausse des coûts de l’énergie, la pression sur les prix, la concurrence internationale, les importations venues d’Ukraine et d’ailleurs, ainsi que l’évolution des habitudes de consommation.
📸 CPA 2006 Collection Ileufuus
Carte postale d’Anne Landais photographe, auteure plasticienne
Anne-landais.fr