Goodyear Amiens
Colère, fierté et désillusions...
📆 Mercredi 11 mars 2026

🛞 À Amiens, le nom de Goodyear ne renvoie pas seulement à une marque de pneus. Il évoque une blessure sociale, une bataille ouvrière, et l’un des conflits industriels les plus emblématiques de ces dernières décennies en France. Plus de dix ans après la fermeture du site d’Amiens-Nord, l’affaire continue de hanter les mémoires locales et d’alimenter le récit national de la désindustrialisation.
Fondée en 1960, l’usine d’Amiens-Nord a longtemps été l’un des fleurons de la multinationale américaine en Europe. Spécialisée dans les pneus agricoles et de tourisme, elle employait à son apogée près de 1 250 salariés. Le site, d’une superficie d’environ 20 hectares, faisait face à l’usine de la multinationale britannique Dunlop. Pendant près de quarante ans, l’usine se développe, offrant aux salariés une stabilité, une identité, et souvent une histoire familiale.
🌏 Mais à partir de 2001, avec l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les importations asiatiques déstabilisent le marché européen du pneu. Concurrence importée, basculement vers le low-cost, surcapacités, coûts européens plus élevés notamment l’énergie : la pression s’installe durablement.
En 2007, la direction annonce des plans de restructuration. Le site souffre d’une baisse de compétitivité et d’un bras de fer permanent entre la direction et les syndicats. Goodyear propose une nouvelle organisation du travail et s’engage à investir, à maintenir la production et à préserver les emplois. Les salariés répondent par un non massif lors du référendum, tandis que ceux de Dunlop, située en face, filiale de Goodyear à l’époque, acceptent la réorganisation.
😡 La période qui suit compte parmi les plus conflictuelles de l’histoire sociale récente. Pendant sept ans, les procédures judiciaires s’enchaînent. La colère ouvrière, jusqu’à la séquestration de cadres, vient percuter de plein fouet le projet de reprise par l'entreprise américaine de pneumatique Titan International.
Goodyear Amiens devient alors un sujet national : un symbole des tensions entre stratégie financière, compétitivité internationale et maintien de l’emploi industriel. Le conflit cristallise la colère contre une mondialisation perçue comme brutale, où les logiques économiques semblent l’emporter sur les vies ouvrières.
🏭 La fermeture d’Amiens-Nord, intervenue en janvier 2014, entraîne la suppression de 1 143 emplois. Dans une ville déjà marquée par les difficultés économiques, l’annonce agit comme un séisme. Des familles basculent dans l’incertitude, des trajectoires se brisent, et tout un territoire voit s’éloigner un peu plus la promesse d’une industrie protectrice. À Amiens, Goodyear devient le nom d’un traumatisme collectif mais aussi d’une mémoire ouvrière tenace, faite de colère, de fierté et de désillusion.
📸 Photo 1966 Collection Ileufuus
