Gifrer-Barbezat Décines-Charpieu
La plaie n’a pas cicatrisé…
📅 Samedi 17 Janvier 2026

À Décines-Charpieu, située à l’est de Lyon, un nom a longtemps été synonyme de travail, de savoir-faire chimique et de production pharmaceutique : Gifrer-Barbezat. Le site a profondément marqué la mémoire ouvrière locale et, plus largement, l’histoire industrielle de l’agglomération lyonnaise.
🧪 L’histoire commence véritablement en 1891, en plein cœur de Lyon, dans le quartier de la Part-Dieu. Fondée par les frères Ginoux, l’entreprise est alors une fabrique de produits chimiques, notamment des colorants destinés au textile lyonnais, mais également de l’éther et de l’eau oxygénée. Toutefois, la fabrication de ces produits volatils et inflammables devient rapidement problématique pour la sécurité urbaine.
En 1907, une usine à Décines, destinée à produire des films pour les frères Lumière et des pellicules photographiques à base de nitrocellulose, est rachetée par les frères Ginoux, qui baptisent l’entreprise Gifrer, contraction de Ginoux Frères. En 1912, l’association avec le chimiste Paul-Louis Barbezat ancre l’entreprise dans une trajectoire plus pharmaceutique : elle devient Gifrer et Barbezat.
⚕️L’usine Gifrer-Barbezat joue un rôle crucial lors de la Première Guerre mondiale (1914-1918), en fournissant de l’éther, indispensable comme anesthésiant dans les hôpitaux militaires, ainsi que de l’eau oxygénée pour la désinfection des blessures des soldats.
Après le conflit, l’entreprise abandonne progressivement les activités liées au textile et à la photographie pour concentrer son développement sur la pharmacie, puis plus tard la parapharmacie.
🧴 À la suite de la Seconde Guerre mondiale, Marc Barbezat succède à son père. La marque s’affirme sur le marché de la médication familiale par des soins d’hygiène et d’antisepsie. En 1981, Gifrer lance le sérum physiologique en unidoses stériles, une innovation de conditionnement qui s’impose durablement dans les usages domestiques.
La famille Barbezat dirige l’entreprise pendant quatre générations, résistant longtemps à l’emprise des grands groupes pharmaceutiques internationaux. En 2000, Gifrer-Barbezat est rachetée par le laboratoire familial belge Qualiphar, qui poursuit le développement de la marque. Durant des décennies, l’usine marque l’olfaction des habitants de Décines : les effluves d’éther ou de plantes, utilisées notamment pour les tisanes, font partie du quotidien du quartier et témoignent de l’intense activité du site.
🏭 En septembre 2020, l’entreprise annonce la suppression de 125 postes sur le site historique de Décines-Charpieu et l’arrêt de la majorité des activités industrielles à partir de 2021, invoquant notamment l’obsolescence de l’usine et des difficultés financières. Sur le territoire national, l’annonce résonne d’autant plus fortement que le site était mobilisé durant la crise sanitaire du Covid-19. La production est alors transférée vers des sous-traitants, en France et en Belgique.
En novembre 2022, le promoteur Sirius rachète le site de 16 hectares en vue de l’aménagement d’un parc d’activités.
Pendant plus d’un siècle, ce site a produit des remèdes ayant soigné des générations de Français : des incontournables de l’armoire à pharmacie, de l’indémodable eau oxygénée à l’Eau de Mélisse, en passant par les célèbres pipettes de sérum physiologique.
📸 CPA 1959 Collection Ileufuus


