Société des Aciéries de Pompey
Fournisseur de Gustave Eiffel…
📅 Samedi 28 février 2026

🏭 À quelques kilomètres au nord de Nancy, sur les rives de la Moselle, Pompey a longtemps été associée à un nom qui a façonné son paysage, son économie et sa vie sociale : les Aciéries de Pompey. Pendant plus d’un siècle, le site a été un cœur battant de l’innovation métallurgique lorraine.
La genèse de l’entreprise est indissociable du bouleversement provoqué par le traité de Francfort de 1871, qui annexe une partie nord de la Lorraine à l’Empire allemand. Dans ce contexte, deux entrepreneurs, Auguste Dupont et Alphonse Fould, choisissent en 1872 de fonder une usine à Pompey afin de rester en territoire français, tout en conservant la proximité immédiate des gisements de minerai de fer.
🗼 Le développement industriel est rapide : deux hauts fourneaux au coke sont construits en 1874-1875, puis deux autres mis en service en 1900 et 1905, installant durablement Pompey sur la carte sidérurgique. En 1887, l’entreprise se distingue par une commande exceptionnelle de fer puddlé destiné à une construction parisienne devenue emblématique : la tour voulue par Gustave Eiffel pour l’Exposition universelle de 1889. Pompey entre alors dans l’Histoire.
Le procédé de puddlage repose sur le brassage de la fonte afin d’en retirer les impuretés ; il offre au métal une résistance et une durabilité remarquables. Aujourd’hui, une plaque commémorative au pied de la Dame de Fer rappelle encore l’origine du fer qui la compose :
« Forges et Usines de Pompey, Fould-Dupont, Fournisseur des Fers de la Tour »
🧑🏻🏭 Comme une grande partie de l’industrie lourde, Pompey est percutée par la Première et la Seconde Guerre mondiale : les hauts fourneaux s’arrêtent, sont détruits puis reconstruits. En 1948, l’usine se tourne vers les aciers spéciaux : aciers pour ressorts, aciers de forge pour l’automobile, fils pour pneumatiques. Pompey n’est pas seulement un lieu de production : c’est aussi un site d’expérimentation et de spécialisation.
En 1953, l’usine compte près de 6 500 salariés. Et comme beaucoup de grands sites sidérurgiques, Pompey ne se résume pas à ses tonnages : logements ouvriers, organisation du travail, vie sociale autour de l’usine, transmission familiale des métiers… tout un bassin de vie s’est construit autour d’elle.
🥺 En 1979, la crise sidérurgique emporte la Lorraine : l’entreprise passe sous le contrôle de Sacilor, sur fond d’endettement et de coûts élevés. L’État français, propriétaire du groupe Usinor-Sacilor, décide en 1986 de fermer l’usine : près de 1 800 salariés sont licenciés.
La Dame de fer tient toujours debout, et près de 7 millions de personnes la visitent chaque année. À Pompey, en revanche, l’usine n’a pas résisté aux restructurations industrielles, aux différents gouvernements et aux cortèges de promesses. Car le temps long de l’industrie n’est pas compatible avec les échéances électorales.
📸 CPA 1964 Collection Ileufuus
