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Géo Kremlin-Bicêtre

D'une petite charcuterie à un empire industriel…

📅 Vendredi 19 juin 2026

📅 Vendredi 19 juin 2026

🍖 Longtemps, au Kremlin-Bicêtre, il suffisait de lever les yeux vers l’avenue de Fontainebleau pour apercevoir un repère familier : l’horloge Géo. Rouge et bleue, installée sur le toit de l’usine, elle a rythmé pendant des décennies le va-et-vient des ouvriers. Pour les anciens habitants du Kremlin-Bicêtre, le nom de Géo évoque instantanément une odeur de salaisons et un slogan qui a marqué les mémoires : « Géo, le bon jambon ! ». Pendant près d’un siècle, cette entreprise a été le poumon économique et social du paysage kremlinois. Retour sur l’histoire d’une saga industrielle majeure de la banlieue parisienne.

L’aventure commence à la fin du XIXe siècle. En 1892, Guillaume Émile Ostrogovich, dont les initiales G.É.O. donneront son nom à la marque, ouvre une charcuterie fine à Paris. Le succès est rapidement au rendez-vous et l’artisan a besoin d’espace pour industrialiser sa production. En 1912, l’entreprise s’installe au Kremlin-Bicêtre, sur un vaste terrain situé à proximité de Paris et des abattoirs de la Villette, facilitant ainsi les approvisionnements et la distribution des produits finis.

🏭 À son apogée, l’entreprise s’étend sur plusieurs hectares et devient le premier employeur de la ville, avec près de 1 500 salariés. Dans les ateliers, on transforme, prépare, conditionne et expédie des produits de charcuterie destinés à une clientèle toujours plus large. Des familles entières de Kremlinois y travaillent de génération en génération.

L’usine se distingue aussi par une organisation sociale typique de certaines grandes entreprises du début du XXe siècle. Dans les années 1930, les employés disposent d’une cantine et d’une crèche sur le site. Des logements, des jardins ouvriers et même un stade, avec sa propre équipe de football, sont également mis à leur disposition. Cette politique sociale, parfois qualifiée de paternaliste, témoigne d’une époque où l’entreprise structurait non seulement le travail, mais aussi la vie quotidienne de ses salariés.

🏢 Mais, comme beaucoup de sites industriels de proche banlieue, l’usine Géo doit faire face aux mutations économiques et techniques de la fin du XXe siècle. À partir des années 1980, les transformations du secteur agroalimentaire fragilisent le site historique. L’activité décline, le patrimoine immobilier est peu à peu vendu ou détruit, et l’entreprise quitte finalement le Kremlin-Bicêtre dans les années 1990 pour s’installer à Ablis, dans les Yvelines, dans des locaux neufs.

Le départ de Géo laisse derrière lui une friche industrielle située à un emplacement stratégique, aux portes de Paris. Quelques années plus tard, le secteur est profondément transformé. Le centre commercial Okabé, inauguré en 2010, occupe aujourd’hui l’ancien site de l’usine. La ville a changé de visage : les ateliers ont laissé place aux commerces, aux bureaux et aux nouveaux usages urbains.

🚨 En 2017, l’usine Géo d’Ablis est placée en liquidation judiciaire. L’entreprise Géo appartenait alors à la Financière Turenne-Lafayette, groupe fondé par Monique Piffaut, qui possédait également plusieurs marques emblématiques de l’agroalimentaire français, parmi lesquelles Madrange, Paul Prédault et William Saurin. Cette liquidation s’inscrit dans le contexte des difficultés et des malversations financières rencontrées par le groupe à la fin des années 2010.

📸 CPA 1976 Collection Ileufuus

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