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Doré-Doré Fontaine-les-Grès

Grandeur et silence…

📅 Vendredi 23 janvier 2026

📅 Vendredi 23 janvier 2026

🧦 Des origines artisanales à une industrie structurée
L’usine Doré-Doré, emblématique de la bonneterie française, est indissociable de l’histoire industrielle et sociale de Fontaine-les-Grès, petite commune de l’Aube située à une vingtaine de kilomètres de Troyes. Fondée au début du XIXᵉ siècle, cette entreprise a durablement marqué le paysage économique et humain de la région, avant de connaître un lent déclin au début du XXIᵉ siècle. Retour sur le destin d’une cathédrale industrielle, entre saga familiale et réalité de la mondialisation.

L’aventure débute en 1819, lorsque Jean-Baptiste Doré, fonde la Maison Doré à Fontaine-les-Grès autour de la bonneterie. Aux côtés de son frère Laurent Doré, puis de son gendre Élie Doré, l’entreprise se développe en tirant parti de la force hydraulique locale et d’une main-d’œuvre qualifiée. En 1862, la marque Doré-Doré (DD) est déposée, symbole d’une nouvelle identité commerciale.

À cette époque, l’usine se spécialise dans le bas et la chaussette haut de gamme. La philosophie est simple : la qualité avant tout. On y travaille la soie, le fil d’Écosse et les laines les plus fines.

À la fin du XIXᵉ siècle, la production commence à se concentrer autour du site de Fontaine-les-Grès, bien que de nombreux ateliers familiaux, dispersés dans les villages alentour, continuent d’alimenter l’activité.

📈 L’essor de la bonneterie et l’impact social
Sous la direction d’André Doré, figure visionnaire et paternaliste, l’entreprise familiale se distingue par une politique sociale novatrice. La famille développe des logements ouvriers, des lieux de culte, des écoles, des commerces, des équipements de loisirs, une salle de spectacles, ainsi que des services de santé. L’entreprise façonne ainsi un véritable « village-usine », où vie sociale et vie professionnelle sont étroitement imbriquées.

Au milieu du XXᵉ siècle, l’usine Doré-Doré connaît son âge d’or. Dans les années 1970, elle emploie jusqu’à 1 700 salariés, soit presque deux fois la population totale du village. Les chaussettes et collants DD s’exportent dans le monde entier, synonymes du « chic à la française ».

🌍 Apogée et déclin
Cependant, à partir des années 1980, l’industrie textile française est confrontée à la concurrence asiatique et à une pression accrue sur les prix, qui fragilisent le modèle économique de Doré-Doré. Malgré des efforts de modernisation, l’entreprise peine à maintenir sa compétitivité.

En 2003, Doré-Doré est rachetée par le groupe italien Gallo, qui tente de redonner un second souffle à la marque. Les difficultés persistent toutefois : la production diminue, les sites satellites ferment progressivement et, en 2011, la décision est prise d’arrêter toute production à Fontaine-les-Grès. La fabrication de chaussettes et de collants est transférée en Italie, près de Brescia.

🏭 Un patrimoine industriel méconnu et sa renaissance
Après la fermeture, le vaste site de plus de 13 hectares tombe progressivement en friche. Ses bâtiments, machines et structures témoignent encore de l’intense activité qui s’y est déployée pendant près de deux siècles, attirant parfois les passionnés d’exploration urbaine (urbex).

Aujourd’hui, ce lieu chargé d’histoire est au cœur de projets de reconversion culturelle, sociale et économique. En 2025, un couple d’entrepreneurs, Rémy et Audrey Desnoyers, acquiert l’ancienne usine avec l’ambition de transformer le site en un lieu de vie et de partage baptisé Factory D. Le projet prévoit notamment des espaces de coworking, des commerces, un centre culturel et un hôtel, tout en respectant l’héritage industriel du site.

🧑🏻‍🏭 Un héritage humain et culturel durable
Une association d’anciens salariés œuvre à la préservation de cet héritage à travers des archives, des conférences, des expositions et des actions culturelles, rappelant l’importance sociale et économique de Doré-Doré pour le territoire.

👉 https://associationsalariesdd.fr/

L’usine Doré-Doré de Fontaine-les-Grès demeure un symbole fort de la désindustrialisation française. Elle raconte l’histoire d’un savoir-faire d’exception qui survit aujourd’hui à travers une marque, mais dont le berceau industriel s’est éteint, laissant derrière lui des murs chargés de mémoire et une population nostalgique de l’époque où le Made in France résonnait dans la vallée de la Seine.

CPA 1946 Collection Ileufuus

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