Beghin-Say Sermaize-les-Bains
Du sucre au béton…
📅 Vendredi 27 mars 2026

◽ À Sermaize-les-Bains, ancienne station thermale, le nom de Béghin-Say résonne encore comme l’écho d’une époque où l’odeur de la mélasse flottait sur la vallée de la Saulx. L’histoire de ce site reste l’un des piliers de l’identité industrielle de la Marne, jusque-là largement tournée vers l’agriculture.
L’ouverture du canal de la Marne au Rhin en 1842, puis celle de la ligne ferroviaire Paris–Strasbourg en 1851, facilite l’essor de la betterave sucrière. Tout commence en 1854 avec la création d’une distillerie par la maison Desse et Cie. Mais c’est sous l’impulsion de Clément Félix, qui fonde la raffinerie en 1895, que le site change de dimension.
🏭 En quelques décennies, l’usine devient la troisième sucrerie de France. Après les ravages de la Première Guerre mondiale, elle est reconstruite et passe, en 1920, sous le giron de la célèbre maison Say qui fusionnera avec Béghin en 1973. L’usine devient Beghin-Say et emploie alors près de 400 ouvriers.
À la suite d’un incendie dévastateur en 1980 et dans le contexte de restructuration de la filière sucrière européenne, la production de sucre brut cesse. Le site se spécialise alors dans le conditionnement et la logistique, avant de passer sous le contrôle du groupe coopératif Cristal Union.
🏠 Visible de loin, la cheminée de la sucrerie, détruite en 1993, dominait le paysage et rappelait l’activité d’un établissement qui avait rythmé la vie de générations d’ouvriers et de familles, tout en façonnant l’urbanisme local (logements ouvriers, infrastructures).
En 2003, Béghin-Say est intégré au groupe Tereos. En France, certaines sucreries, dont le site de Sermaize-les-Bains, sont alors revendues à Cristal Union, coopérative sucrière française née en 2000 de la fusion des sucreries d’Arcis, de Bazancourt, de Corbeil-les-Ermites et d’Éclaron.
📉 Le groupe ferme le site en 2014, après plus de 150 ans d’histoire, et transfère l’activité de conditionnement vers la sucrerie de Bazancourt. Près de 70 salariés sont licenciés.
La France a vu s’éteindre près d’une vingtaine de sucreries depuis 1990. Plusieurs facteurs se sont conjugués pour fragiliser la filière : la fin des quotas (et des prix garantis), la crise de la jaunisse, la hausse du coût de l’énergie et une concurrence internationale accrue, avec notamment, l’arrivée massive de sucre ukrainien, brésilien et indien. La France reste le premier producteur de sucre de l'Union Européenne, mais elle a payé un lourd tribut social et industriel pour s'adapter à un marché mondialisé et dérégulé.
🧱 Aujourd’hui, l’entreprise Silitech, spécialisée dans la réalisation d’éléments en béton préfabriqués, occupe l’ancienne sucrerie.
📸 CPA 1982 Collection Ileufuus
