
🚛 À Sallaumines, près de Lens, dans le Pas-de-Calais, le nom de Durisotti est indissociable de l’histoire de l’industrie automobile française. Des générations de salariés y ont transformé et aménagé des véhicules destinés aux entreprises, aux collectivités, ainsi qu’aux forces de sécurité et de secours.
L’histoire de Durisotti débute en 1956, lorsque les frères Bruno et Louis Durisotti fondent l’entreprise familiale. À ses débuts, l’usine de Sallaumines se spécialise dans la réparation et la maintenance d’autocars. A la fin de l’année 1967, l’entreprise fait évoluer son activité et se tourne vers la transformation et l’aménagement de véhicules utilitaires pour le compte de grands constructeurs automobiles, notamment Peugeot puis Renault.
⛏️ Cette évolution intervient alors que le bassin de Lens-Liévin entre lui-même dans une période de profonde mutation. Après avoir façonné pendant près d’un siècle l’économie et l’identité du territoire, l’industrie charbonnière décline progressivement à partir des années 1960. La multiplication des fermetures de puits pousse alors le bassin minier à engager sa reconversion et à se tourner vers de nouvelles activités industrielles, notamment dans le secteur automobile.
Dans ce contexte de diversification, des entreprises comme Durisotti participent à l’émergence d’un nouveau savoir-faire industriel régional. Cette mutation s’accompagne également de l’implantation de grands acteurs de l’automobile dans le Nord-Pas-de-Calais, avec notamment l’ouverture, en 1969, de l’usine Maubeuge Construction Automobile, aujourd’hui intégrée au groupe Renault, ainsi que le développement de la Française de Mécanique à Douvrin, désormais rattachée au groupe Stellantis.
🏭 Au fil des décennies, l’entreprise familiale se développe et étend son activité au-delà de Sallaumines. Elle dispose alors de trois sites de production : son usine historique dans le Pas-de-Calais, ainsi que deux établissements à Metz, en Moselle, et à Agen, dans le Lot-et-Garonne.
À partir des années 1980 puis 2000, le paysage industriel français connaît de profondes transformations. La mondialisation, l’intensification de la concurrence et la concentration croissante des entreprises fragilisent une partie des sociétés familiales confrontées à des besoins d’investissement toujours plus importants et aux difficultés liées à leur transmission.
🔋 En mars 2019, le tribunal de commerce d’Arras valide sa reprise par le groupe britannique GFG Alliance. Cinq ans plus tard, en juillet 2024, Durisotti repasse sous pavillon français avec son acquisition par le groupe nordiste GTE Automotive. L'usine historique doit devenir un outil industriel tourné vers l'électrification et la décarbonation des flottes professionnelles.
Mais au printemps 2026, la situation financière de l’entreprise se détériore brutalement. Durisotti fait face à d’importantes tensions de trésorerie et à un effondrement de son carnet de commandes, notamment lié à la chute des commandes publiques. L’entreprise doit également composer avec un outil industriel vieillissant nécessitant d’importants investissements.
📉 Placée en cessation de paiements à la fin du mois d’avril, Durisotti fait l’objet d’une procédure de redressement judiciaire en mai 2026. Le 3 juin 2026, moins d’un mois plus tard, le tribunal de commerce d’Arras prononce la liquidation judiciaire de Durisotti, en même temps que plusieurs autres sociétés du groupe GTE Automotive. Cette décision entraîne la suppression des 161 emplois chez Durisotti.
Soixante-dix ans après sa création, la disparition de Durisotti referme ainsi un chapitre de l’histoire industrielle de Sallaumines et du bassin de Lens-Liévin. Entre reconversion du bassin minier, transformations de l’industrie automobile, ambitions de mobilité décarbonée et difficultés économiques, le parcours de l’entreprise raconte aussi les profondes mutations traversées par l’industrie française.
📸 CPA 1979 Collection Ileufuus
📆 Mercredi 30 septembre 2026
✍🏻 Olivier Cointre

