
🚬 Au bord du port de Morlaix, dans le Finistère, un imposant ensemble de granite domine toujours le quai de Léon. Derrière ses façades régulières et ses hautes fenêtres se cache l’un des sites les plus remarquables du patrimoine industriel breton : l’ancienne Manufacture des Tabacs de Morlaix.
Construite entre 1736 et 1740 par l’architecte Jean-François Blondel, sous le règne du roi Louis XV, la Manufacture avait pour mission initiale de centraliser et contrôler le monopole royal du tabac en Bretagne.
⌛ Pendant plus de 250 ans, des générations de Morlaisiens et très majoritairement de Morlaisiennes y ont séché, haché et roulé le tabac sous forme de poudres, de scaferlati ou de cigares.
À son apogée, la Manufacture emploie près de 2 000 personnes et devient une véritable ville dans la ville, rythmant la vie économique et sociale de tout le pays morlaisien. Grâce à son port protégé, Morlaix dispose d’une situation idéale pour recevoir les feuilles de tabac acheminées par voie maritime.
🏭 Après la création de la SEITA en 1935, la production se mécanise progressivement. L’automatisation permet d’augmenter les volumes, mais réduit les besoins en main-d’œuvre. Dans le même temps, les habitudes de consommation changent et les cigarettes blondes prennent progressivement le pas sur les productions traditionnelles.
À partir des années 1980, les restructurations et les plans sociaux se multiplient. Malgré la mobilisation des salariés et des élus, les effectifs diminuent fortement. En 1995, le site ne compte plus que 185 employés et un important incendie endommage une partie des bâtiments.
🌍 La privatisation de la SEITA en 1995, puis sa fusion avec l’entreprise espagnole Tabacalera en 1999 pour former Altadis, accélèrent la concentration des activités. Entre 1997 et 2001, les bâtiments du XVIIIe siècle, les façades, les toitures et le jardin sont inscrits au titre des monuments historiques.
La production s’arrête définitivement en 2004, laissant plus de 30 000 m² vacants au cœur de Morlaix. Aujourd’hui, l’ancienne Manufacture, désormais appelée La Manu, connaît une nouvelle vie. Elle accueille un pôle culturel, l’Espace des Sciences, des espaces de coworking, des commerces et des lieux de restauration.
📉 En janvier 2008, le groupe britannique Imperial Tobacco, devenu depuis Imperial Brands, rachète Altadis. En moins de quinze ans, Imperial Brands ferme toutes les usines françaises de tabac : Metz, Strasbourg, Carquefou, Riom et la Manufacture Corse de Tabac à Furiani en 2023. En trois siècles d’histoire industrielle, de Colbert à Napoléon-Bonaparte jusqu'à Raymond Poincaré, la France a construit et développé une trentaine de manufactures de tabac et d'allumettes. Aujourd'hui, il ne reste rien... et les cigarettes « gauloises » sont désormais produites en Pologne.
📸 CPA 1997 Collection Ileufuus
📸 CPA 1948 Collection Ileufuus

