
🚗 Pendant plus d’un quart de siècle, l’usine Simca de Nanterre a produit quelques-unes des voitures les plus emblématiques de la France d’avant et d’après-guerre. Derrière les lignes élégantes de la Simca 5, de la Simca 8 ou de l’Aronde se dessine aussi une histoire ouvrière, sociale et urbaine qui a profondément marqué la ville de Nanterre.
Avant de devenir le fief de la marque à l’hirondelle, le site appartient au constructeur automobile Donnet-Zédel, qui rachète en 1926 son concurrent Vinot & Deguingand ainsi que son usine de Nanterre. Mais la crise économique de 1929 fragilise fortement l’entreprise, qui finit par déposer le bilan.
🟩⬜🟥 En 1934, Henri Théodore Pigozzi, homme d’affaires italien et importateur des véhicules Fiat en France, rachète le site. Celui-ci devient alors Simca, Société Industrielle de Mécanique et Carrosserie Automobile, avec pour objectif d’assembler sur le sol français des modèles d’origine italienne afin de contourner les taxes douanières.
Dès 1936, les chaînes de Nanterre tournent à plein régime avec le lancement de la Simca 5, réplique française de la petite Fiat Topolino. Cette année-là, les ouvriers de l’usine Simca de Nanterre se mettent en grève et occupent leur lieu de travail. Cette mobilisation, liée au Front populaire, contribue aux avancées sociales majeures de l’époque et fait de l’usine un symbole du mouvement ouvrier.
🚙 Après la Seconde Guerre mondiale, grâce aux investissements et aux financements liés au plan Marshall, l’usine est agrandie, modernisée et dotée de nouvelles machines. Le site confirme son rôle moteur avec la Simca 8, puis frappe un grand coup en 1951 avec le lancement de la Simca Aronde. Son nom, qui signifie « hirondelle » en ancien français, renvoie à l’emblème de la marque. Premier modèle véritablement spécifique à la marque française, bien que toujours inspiré de mécaniques Fiat, l’Aronde devient un phénomène commercial.
L’âge d’or de l’Aronde repose sur des milliers de femmes et d’hommes. À la fin des années 1950, près de 6 000 personnes travaillent sur le site de Nanterre. Rattrapée par son propre succès, l’usine se retrouve rapidement à l’étroit au milieu des habitations.
🏭 En 1954, Simca rachète Ford France et récupère sa grande usine de Poissy. Dans un premier temps, les deux sites se partagent la production : les Vedette sont fabriquées à Poissy, tandis que Nanterre conserve l’Aronde.
En 1961, Simca cesse définitivement son activité à Nanterre et regroupe ses chaînes de production à Poissy. Le site est ensuite repris par Citroën, alors filiale du groupe auvergnat Michelin, qui y fabrique des moteurs et diverses pièces mécaniques jusqu’à sa fermeture définitive en 1985.
📉 Derrière chaque Aronde sortie de Nanterre se trouvait tout un monde : celui d’une France industrielle et populaire, aujourd’hui largement disparue. L’usine Simca de Nanterre appartient désormais au paysage effacé de l’industrie automobile de la proche banlieue parisienne.
En 2028, l’usine Stellantis de Poissy, héritière de l’aventure Simca et dernier site de construction automobile encore en activité en Île-de-France, cessera à son tour sa production de véhicules.
📸 CPA 1951 Collection Ileufuus
📸 CPA 1958 Collection Ileufuus

