Dubigeon Nantes
Le Belem, grand trois-mâts à coque d’acier…
Dimanche 4 janvier 2026

Les Chantiers Navals Dubigeon occupent une place emblématique dans l’histoire industrielle et maritime de Nantes. Fondés au milieu du XVIIIᵉ siècle, ils ont accompagné pendant près de 200 ans l’évolution de la construction navale française, tout en marquant profondément la mémoire ouvrière et culturelle de la région.
L’aventure débute en 1760, lorsque Julien Dubigeon (1711-1781), charpentier de marine, crée un premier chantier naval à Nantes. Cette initiative s’inscrit dans le dynamisme commercial de la ville, alors l’un des principaux ports du royaume de France. Au fil des générations, la famille Dubigeon développe son savoir-faire dans la fabrication de navires en bois.
À partir des années 1840, sous l’impulsion de Théodore Dubigeon (1803-1875), l’entreprise s’implante sur le site de Chantenay, entre le canal de Chantenay et les rives de la Loire, permettant un accès direct au fleuve.
La seconde moitié du XIXᵉ siècle est marquée par le passage progressif de la construction en bois à celle en acier et l’adoption de la propulsion à vapeur. Parmi les constructions les plus célèbres figure le Belem, grand trois-mâts à coque d’acier lancé en 1896, aujourd’hui encore considéré comme un joyau du patrimoine maritime. Sa saison de navigation reprend au printemps 2026, où il fêtera ses 130 ans.
Au tournant du XXe siècle, sous l'impulsion d'Adolphe Dubigeon (1842-1910), les chantiers s'étendent et finissent par occuper une place stratégique sur l'Île de Nantes, alors appelée Prairie-au-Duc, face au quai de la Fosse.
Durant l’entre-deux-guerres et l’après-guerre, le chantier se modernise encore et diversifie sa production, en construisant des navires marchands, de pêche et des bateaux militaires pour la Marine française.
Le rapprochement, en 1963, entre Dubigeon et la société Loire-Normandie donne naissance au groupe Dubigeon-Normandie. L’entreprise comptait près de 8 000 salariés et possédait des chantiers navals à Dieppe, Le Havre, Petit-Quevilly et Nantes.
En 1983, Dubigeon-Normandie intègre le groupe Alsthom déjà propriétaire des Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire.
Comme beaucoup d’industries lourdes en Europe, les chantiers navals nantais subissent les effets de la mondialisation et de la concurrence asiatique (Corée du Sud et Japon). Les restructurations se succèdent et les années 1980 marquent le début de la fin, les carnets de commandes se vident. L'État décide de regrouper les activités restantes aux chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire. Pour Nantes, c'est un choc social et culturel. Les grèves sont dures, la ville est marquée par les manifestations.
Dans la colère et l’émotion de toute une ville, le dernier navire « le Bougainville » est lancé en 1987, marquant la fermeture définitive des chantiers navals à Nantes. Près de 720 salariés sont transférés sur les chantiers de Saint-Nazaire, 450 sont licenciés et d’autres partent en retraite anticipée.
Après la fermeture des chantiers, plusieurs initiatives ont permis de valoriser le patrimoine industriel nantais par la création, en 1986, de l’Association Histoire de la Construction Navale à Nantes et l’inauguration en 1994 de la Maison des Hommes et des Techniques, un lieu dédié au patrimoine industriel. Certaines structures emblématiques, comme la grue Titan, ont été classées monuments historiques, attestant de l’importance culturelle du site. La ville de Nantes transforme le site industriel en lieu de culture et de loisirs avec les célèbres Machines de l'île et le Grand Éléphant.
Les Chantiers Navals Dubigeon ont façonné l'identité industrielle nantaise, son économie portuaire, ses usines sur les bords de la Loire et l’esprit de corps d’une communauté ouvrière forte.
CPA 1955 Collection Ileufuus


