
Bohin Sulpice-sur-Risle
Le dernier bastion de l’aiguille française…
🪡 À quelques kilomètres de L’Aigle, au bord de la Risle, les bâtiments de la manufacture Bohin constituent l’un des témoignages les plus singuliers du patrimoine industriel normand. Depuis le XIXᵉ siècle, des générations d’ouvriers y transforment de simples fils d’acier en aiguilles et en épingles. Une activité qui pourrait sembler modeste par la taille de ses produits, mais qui a fait de Saint-Sulpice-sur-Risle l’un des grands noms français de la petite métallurgie. Aujourd’hui encore, Bohin demeure le dernier fabricant français d’aiguilles à coudre et d’épingles.
L’histoire de l’entreprise débute en 1833 avec Benjamin Bohin, qui reprend l’activité familiale de fabrication d’objets en bois, installée à L’Aigle dans l’Orne. Il acquiert ensuite, à Saint-Sulpice-sur-Risle, une usine située au bord de la rivière. L’énergie hydraulique fournie par la Risle constitue alors un précieux atout pour actionner les machines. Le site se spécialise progressivement dans la fabrication d’aiguilles et d’épingles.
🧵 Benjamin Bohin entreprend alors de moderniser l’établissement afin de concurrencer les fabricants anglais et allemands, qui dominent largement le marché européen de l’aiguille. En 1895, sous la direction de Paul Bohin, fils de Benjamin, l’entreprise emploie jusqu’à près de 600 personnes.
Le développement du prêt-à-porter au cours de la seconde moitié du XXᵉ siècle bouleverse cependant le marché. Les vêtements deviennent plus accessibles et sont de plus en plus souvent achetés directement en magasin plutôt que confectionnés ou repris à la maison. La pratique quotidienne de la couture, autrefois largement transmise de mère en fille, recule progressivement.
📉 L’entreprise traverse les crises économiques et les vagues de délocalisations qui fragilisent une grande partie des industries textile et métallurgique françaises. Après cinq générations à sa tête, la famille Bohin se retire progressivement de la direction, tandis que l’entreprise doit faire face à d’importantes difficultés financières.
Parallèlement, l’usine devient un élément majeur du patrimoine industriel de l’Orne. En 1995, plusieurs de ses bâtiments sont inscrits au titre des monuments historiques. En 2014, un musée ouvre ses portes, permettant aux visiteurs de découvrir à la fois l’histoire de l’entreprise et les ateliers toujours en fonctionnement.
🏆 Reprise en 2018 par Audrey Régnier et son mari Fabien, la dernière usine française de fabrication d’aiguilles produit aujourd’hui plus de 2 000 références de mercerie et emploie près de 40 salariés. En 2020, l’entreprise obtient le label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV), qui distingue l’excellence de son savoir-faire. Ses aiguilles équipent plusieurs grandes maisons de haute couture.
Véritable survivante d’une époque industrielle révolue, l’usine Bohin de Saint-Sulpice-sur-Risle démontre qu’il est encore possible, au XXIᵉ siècle, de produire en France avec exigence, savoir-faire et fierté. Une activité qui doit néanmoins composer avec de nombreux défis, entre la hausse des droits de douane américains, qui pénalise ses exportations, et le poids croissant des réglementations européennes et nationales qui pèsent sur les entreprises françaises.
📜 Lettre 1929 Collection Ileufuus


