
Les Fils de Georges Prieur Pont-de-l'Arche
Au cœur de la capitale normande de la chaussure…
👞 Nichée sur les bords de la Seine, la commune de Pont-de-l’Arche est souvent reconnue pour son patrimoine médiéval et son abbaye. Pourtant, pendant plus d’un siècle, le rythme de la ville a été dicté par le bruit des presses, des machines à coudre et le parfum du cuir. Pont-de-l’Arche fut en effet la véritable capitale de la chaussure en Normandie, et l’usine Georges Prieur en fut l’un des fleurons les plus représentatifs.
En 1878, Georges Prieur se lance dans la fabrication de chaussures et se spécialise notamment dans le chausson féminin et les articles de fantaisie. À mesure que l’activité se développe, l’industriel élargit sa gamme et associe ses enfants à l’entreprise, qui devient Les Fils de Georges Prieur.
🏭 À l’origine, la production normande est artisanale. Mais de grandes manufactures, comme les usines Labelle ou Ouin, sortent progressivement de terre, remplaçant le travail manuel par le travail mécanisé. La manufacture Prieur produit des modèles robustes, en cuir, destinés à chausser la classe ouvrière et rurale de toute la France.
À la veille de la Première Guerre mondiale, Georges Prieur laisse progressivement les commandes à ses cinq fils : André, Fernand, Léon, Marcel et René.
🐝 Ses enfants entreprennent alors la construction d’une vaste manufacture avenue de la Forêt-de-Bord à Les Damps, à proximité de Pont-de-l’Arche. Leurs chaussures sont désormais commercialisées sous une marque facilement identifiable : « À l’Abeille ». L’usine emploie jusqu’à 500 salariés.
Les hommes sont généralement affectés à la coupe du cuir et au pressage des semelles, tandis que les femmes, les « piqueuses », réalisent le travail minutieux d’assemblage et de couture des tiges.
Comme de nombreuses entreprises familiales, la maison voit se succéder les générations sans toujours parvenir à se renouveler au rythme de l’évolution des modes et d’une concurrence de plus en plus vive. Peu à peu, les difficultés financières s’accumulent. En 1962, après plusieurs décennies de production, l’entreprise Les Fils de Georges Prieur ferme définitivement ses portes.
À partir des années 1980, l’industrie de la chaussure à Pont-de-l’Arche est frappée de plein fouet par la mondialisation et la concurrence internationale. Malgré les tentatives d’adaptation des entreprises et les mobilisations syndicales pour préserver les emplois, les manufactures archépontaines disparaissent progressivement, mettant fin à plus d’un siècle d’histoire industrielle dans la commune.
Des associations d’histoire locale et des expositions temporaires mettent régulièrement en lumière ce riche passé. Certains anciens bâtiments industriels ont été réhabilités en logements ou en espaces municipaux, devenant les témoins silencieux d’une époque où la petite ville normande chaussait la France entière.
Facture 1937 Collection Ileufuus


