top of page
1958 - Vedette Lyon (1944-1987) - Photo 10 Collection Ileufuus.jpg

Manufacture Alsacienne des Tabacs Strasbourg Neudorf

Ultime paradoxe de ces deux histoires…

🚬 Dans le quartier du Neudorf, à Strasbourg, la Manufacture Alsacienne des Tabacs connut un destin étroitement lié aux bouleversements géopolitiques de la région. De ses premiers ateliers à son vaste complexe industriel, son histoire plonge au cœur de l’une des grandes aventures manufacturières strasbourgeoises, née à l’aube de l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Empire allemand.

Une histoire qu’il ne faut toutefois pas confondre avec celle de la Manufacture des Tabacs de Strasbourg, située dans le quartier de la Krutenau, établissement d’État construit à partir de 1849 et qui poursuivit, quant à lui, sa production jusqu’en 2010.

🪖 L’aventure débute en 1871, au lendemain de la guerre franco-prussienne. L’Alsace est rattachée au nouvel Empire allemand. C’est dans ce contexte que l’entrepreneur Jules Schaller fonde à Strasbourg la Badische Tabakmanufaktur. Rapidement, Jules Schaller s’associe à la famille Bergmann, donnant naissance à la maison J. Schaller & Bergmann, qui s’impose comme un acteur important de la transformation des feuilles de tabac dans la région.

Dans les campagnes autour de Strasbourg, les plantations fournissent une partie de la matière première, complétée par des tabacs provenant d’autres régions et de l’étranger. La manufacture se spécialise notamment dans le traitement des tabacs bruns locaux.

🏭 Pour soutenir ses ambitions, l’entreprise a besoin d’espace. Vers 1895, elle quitte ses locaux historiques devenus trop étroits pour faire construire un vaste complexe industriel au sud de Strasbourg, au 10 rue Simonis, dans le quartier du Neudorf. Quelques années auparavant, en 1890, la maison J. Schaller & Bergmann avait pris le nom de Manufacture Alsacienne des Tabacs.

L’entreprise prend également des participations dans plusieurs sociétés du secteur implantées notamment en Allemagne. La Manufacture Alsacienne s’insère ainsi progressivement dans un ensemble industriel dont les activités dépassent largement les frontières de l’Alsace.

💥 En 1918, l’Alsace redevient française. Pour les entreprises créées ou développées pendant la période allemande, la transition économique se révèle particulièrement complexe. Sous administration française, la fabrication et la commercialisation du tabac sont soumises au monopole de l’État. Les intérêts privés allemands liés à la Manufacture Alsacienne des Tabacs sont alors saisis par les autorités françaises, déjà propriétaires de la Manufacture des Tabacs de Strasbourg, dans le quartier de la Krutenau.

Pour les anciens propriétaires et actionnaires allemands, la perte de leurs actifs alsaciens impose de se reconstruire de l’autre côté du Rhin. Une nouvelle société regroupant notamment les usines allemandes est ainsi créée en 1920 sous le nom de Roth-Händle, à Lahr, dans le Bade-Wurtemberg, à une trentaine de kilomètres seulement de Strasbourg.

⬛🟥🟨 L’histoire de la Manufacture Alsacienne se divise alors, d’une certaine manière, en deux trajectoires parallèles : l’une se poursuit à Strasbourg sous régime français, tandis que l’autre se développe en Allemagne autour de Roth-Händle et de sa célèbre marque Reval.

L’annexion de fait de l’Alsace par l’Allemagne nazie en 1940 provoque un nouveau bouleversement. Pendant quelques années, la Seconde Guerre mondiale rapproche à nouveau ces deux histoires.

🟦⬜🟥 Après la Libération, l’usine principale de la Manufacture Alsacienne des Tabacs, au Neudorf, est reprise par le monopole français des tabacs, la Seita, Société d’Exploitation Industrielle des Tabacs et Allumettes. L’année 1947 marque véritablement la fin de l’histoire de la manufacture strasbourgeoise.

De l’autre côté du Rhin, Roth-Händle, issue de l’ancienne entreprise strasbourgeoise, poursuit une carrière beaucoup plus longue, jusqu’en 2007. Au fil du XXᵉ siècle, l’entreprise passe progressivement sous le contrôle du groupe Reemtsma, lui-même intégré par la suite au groupe britannique Imperial Brands.

💂🏻‍♂️ Ultime paradoxe de ces deux histoires, longtemps marquées par les rivalités, les changements de frontières et les dépossessions entre la France et l’Allemagne : leurs héritages industriels se sont finalement retrouvés réunis au sein d’un même groupe britannique, Imperial Brands, qui a depuis fermé l’ensemble des usines françaises et allemandes.

Aujourd’hui, au 10 rue Simonis, les machines à rouler les cigarettes se sont tues depuis longtemps. Le site abrite désormais la Direction régionale des Finances publiques du Grand Est et du département du Bas-Rhin. Une reconversion étonnante pour ces murs de briques qui, avant d’accueillir l’administration fiscale, furent autrefois le cœur d’une grande aventure industrielle privée du tabac.

📜 Lettre 1908 Collection Ileufuus
📆 Mardi 22 septembre 2026
✍🏻 Olivier Cointre

bottom of page