
Vermorel Villefranche-sur-Saône
Du pulvérisateur à l’automobile…
🍇 Au cœur de Villefranche-sur-Saône, capitale du Beaujolais, l’histoire industrielle se confond avec celle de la vigne. S’il est un nom qui résonne encore dans la mémoire caladoise, c’est bien celui de Vermorel. Plus qu’une simple usine, l’empire bâti par Victor Vermorel à la fin du XIXᵉ siècle fut le théâtre d’une véritable révolution technique, qui accompagna la modernisation de la viticulture française avant de s’illustrer dans l’aventure automobile.
L’histoire de Vermorel commence avec Antoine Vermorel, artisan et constructeur de machines agricoles. Son fils Victor ne tarde pas à développer l’activité familiale et s’intéresse particulièrement aux difficultés rencontrées par les viticulteurs, alors confrontés à plusieurs maladies qui ravagent les vignobles européens.
🏭 L’histoire de l’usine Vermorel bascule dans les années 1880. À cette époque, le vignoble français, à peine remis de la crise du phylloxéra, doit faire face à un nouveau fléau : le mildiou. Pour lutter contre ce champignon, la « bouillie bordelaise », mélange de sulfate de cuivre et de chaux, se révèle efficace, mais son application reste complexe.
Victor Vermorel travaille alors à la mise au point d’un appareil permettant de répandre plus efficacement les traitements. Il développe un pulvérisateur dorsal baptisé « L’Éclair ». Les appareils sont ensuite déclinés en de nombreux modèles, portés ou montés sur roues, tandis que l’entreprise développe parallèlement toute une gamme de matériels agricoles et viticoles.
👨🏼🌾 L’usine de Villefranche-sur-Saône tourne bientôt à plein régime pour produire des dizaines de milliers de pulvérisateurs, faisant de Vermorel l’un des grands noms du matériel de traitement des cultures. Le complexe industriel s’étend sur plusieurs hectares et emploie jusqu’à 1 500 ouvriers caladois.
🚗 En 1898, Victor Vermorel décide de diversifier sa production et se lance dans l’industrie automobile. Les usines fabriquent des voitures de tourisme et des véhicules utilitaires, venant concurrencer les grands constructeurs de l’époque, comme Peugeot ou Renault. Les automobiles Vermorel se distinguent également dans plusieurs compétitions, contribuant à faire connaître la marque bien au-delà du Beaujolais.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en 1914, les ateliers sont mobilisés pour l’effort de guerre. Une partie des capacités industrielles est réorientée vers la fabrication de matériel militaire et de munitions, tandis que des véhicules utilitaires et camions Vermorel sont utilisés par l’armée.
🌾 Après la disparition de Victor Vermorel en 1927, l’entreprise familiale est durement touchée par la crise économique de 1929. La production automobile cesse en 1931. Sous l’impulsion d’Édouard Vermorel, fils de Victor, l’entreprise se recentre alors principalement sur son activité historique : le matériel agricole et les appareils destinés au traitement des cultures.
L’usine poursuit son activité pendant plusieurs décennies, mais la concurrence croissante et les difficultés à renouveler son modèle industriel fragilisent progressivement l’entreprise. Sa situation financière se dégrade jusqu’à entraîner la fermeture du site de Villefranche en 1965. Les bâtiments sont ensuite démolis et remplacés par des logements et des espaces verts.
🏡 Aujourd’hui, si le bruit des machines s’est tu, l’empreinte de la famille Vermorel reste profondément ancrée à Villefranche-sur-Saône. La Maison Vermorel, édifiée en 1910 par Victor et Georgette Vermorel, demeure l’un des principaux témoins de cette aventure industrielle. Cette imposante demeure bourgeoise, construite à proximité immédiate des usines, a été rachetée puis restaurée par la municipalité.
Avec son vaste parc paysager ouvert au public, elle constitue désormais un lieu de culture et de mémoire, rappelant qu’ici, dans le Beaujolais, un industriel visionnaire sut associer l’innovation mécanique aux besoins de la terre.
https://www.maisonvermorel.fr/
📜 Lettre 1930 Collection Ileufuus
📆 Vendredi 18 septembre 2026
✍🏻 Olivier Cointre


